Il devient décidemment presque facile de deviner l'issue des contestations et violations potentielles de brevets. En avril dernier, Microsoft était mis en cause par une cour fédérale américaine. Billou & co se voyaient adresser une injonction préliminaire avec une cible bien gênante.
Alacritech, basée à San José, estime que l'éditeur viole son invention dénommée Dynamic TCP Offload et bien entendu protégée par une batterie de brevets (numéros n° 6 427 171, 60 061 809, etc.). L'action juridique vise spécialement Chimney de Microsoft, une technologie de délestage contre les goulots d’étranglement. Elle permet en pratique d’accélérer un processeur principal d'un ordinateur ou d'un serveur en le déchargeant de tâches liées aux échanges TCP sur un coprocesseur ou une carte réseau.
C'est en août 1999 que la société californienne rencontre Microsoft afin de lui présenter sa technologie, similaire. Un an plus tard, elle fournit en sus un document décrivant comment intégrer l'invention dans Windows. En 2003, Microsoft présente sa propre technologie appelée Chimney à la conférence WinHEC. Estimant qu’il y avait une certaine filiation avec ses propres travaux, Alacritech propose une licence à Microsoft, en vain. En 2004, Alacritech passe le dossier à la justice.
Selon les projets de Microsoft, on doit retrouver cette technologie dans le prochain Longhorn et Windows Server 2003. Or, l'injonction de la cour fédérale interdit justement de «fabriquer, utiliser, revendre, vendre, importer ou inciter à utiliser l’architecture Chimney». Gênant.
Que pouvait maintenant faire Microsoft face à la décision préliminaire de San José ' Avec ses projets bloqués en attente des suites judiciaires, la purge amiable était sans doute la seule solution (avec peut-être le rachat d'Alacritech). Et c'est effectivement le choix effectué. Mercredi, les compères ont signé un accord. Selon ses termes, Microsoft s'engage à verser à Alacritech une somme. En échange, Redmond obtient un accès aux brevets de la seconde. Cette dernière pourra en outre avoir un accès similaire à certains travaux de l'éditeur en matière de réseaux. La somme déboursée par Microsoft n'a pas été communiquée par les acteurs, mais elle doit sûrement dépasser le dollar symbolique.